Je ne suis pas fan de tout ce que fait Sølve Sundsbø mais là, j’ai le souffle coupé.

L’éditorial complet est dans le Numéro de ce mois-ci.
(via foto_decadent)
Compta, relations clients, self-marketing… On a parfois l’impression qu’il n’y a pas de limite au nombre de questions qu’on peut se poser lorsqu’on se lance en tant que freelance. Voici quelques blogs (en anglais) qui peuvent apporter bon nombre de réponses (ils ne sont pas spécifiquement pour les maquilleurs, mais souvent il suffit de transposer dans notre vocabulaire) :
Encore une fois, plus spécifiquement pour les maquilleurs (le mieux est de l’apprendre par coeur, sans rire!) :
Non, non, je plaisante. Agyness Deyn est, je crois, une fille free style mais bien élevée, pas de propos déplacés pendant la fashion week de Londres. Mais un bandeau sur l’oeil qui ferait rougir d’envie Guybrush Threepwood…


Comme style.com le reporte, il semblerait qu’Agy ait attrappé une conjonctivite sévère qui a nécessité des mesures de camouflage extrêmes. Ca ne serait pas gravissime et ne justifierait pas de mot du medecin si l’hygiène était respectée backstage. Mais apparemment les autres modèles n’ont pas été épargnées.
Oui, je vais encore grogner sur l’hygiène. Pourquoi je prends cela autant à coeur? Parce que certains maquilleurs peu consciencieux ternissent l’image de la profession et nuisent à ceux qui se font une règle d’or de respecter la personne qu’ils maquillent. Et que, quand certaines personnes me disent même qu’être propre est une perte de temps, j’en ai juste le souffle coupé.
C’est monnaie courante de voir les maquilleurs pendant les défilés aller de modèle en modèle avec le même tube de gloss ou autres horreurs. Et même si c’est le stress total, qu’on n’a pas le temps, on ne peut pas jouer avec la santé des gens! La base c’est d’avoir plusieurs jeux de pinceaux (parce que, il faut être réaliste, on n’a pas le temps de les nettoyer entre chaque modèle), les plonger dans du nettoyant à pinceaux désinfectant pendant qu’on maquille la personne suivante. Et utiliser autant que possible des jetables (pour appliquer gloss, mascara, rouge à lèves, fond de teint…)
Je sais que la photo de droite fait un peu pub pour la SPA, mais regardez-la. Agy plisse ses petits yeux meurtris, et quand Agy a mal, moi je ne suis pas contente (quand elle se teint en brune non plus, mais c’est un autre débat).
(via thefashionspot.com)
PS: Si vous vous demandez de quoi je parle dans le premier paragraphe, il est temps de vous mettre à Monkey Island !
Petite séance d’experimentation avec du doré, des aquarelles, du gloss et des ingrédients magiques, en gros plan sous l’objectif du husband. Je suis obsédée par les sourcils en ce moment: les montrer, les cacher, les enduire…

J’ai longtemps été une accro au maquillage. Mais en devenant maquilleuse pro, me maquiller moi-même m’a assez vite désintéressée. Et je raisonne mes envies d’achats compulsifs en parfumerie en jetant un oeil à ma comptabilité. Mais la fascination pour les produits de maquillage est toujours la même. J’aime les nouvelles couleurs, et surtout les nouvelles textures.
Je me souviens de l’apparition des premiers produits à base de silicone (houla! je sonne mamie, là, non?), quelle révolution! Et de l’apparition des premiers fards à paupière crème pour le grand public (ce n’est que plus tard que j’appris que c’était le B.A.ba des maquilleurs depuis des décennies).
Maintenant, au lieu d’acheter la nouveauté dernier cri, je customize. La couleur, la texture, tout peut se modifier à volonté, c’est tellement passionnant! Avec un minimum de connaissances de chimie et de la théorie des couleurs, on peut, à l’aide de produits de pharmacie de base et de pigments cosmétiques, modifier, voire créer soi-même ses produits!
Je me souviens avoir lu une interview où Serge Lutens (je lui consacrerai un article prochainement) racontait comment enfant il créait ses propres rouges à lèvres dans les casseroles de ma mère. Et je me souviens du déclic que ces mots ont produits.
Lorsque j’imagine un maquillage, je ne passe pas les produits de mon kit en revue pour savoir quelles associations faire. J’imagine la couleur, la matière. Je peux me perdre en rêveries devant un nuancier pantone (ou devant les catalogues du rayon peinture du BHV!). Imaginer une couleur, puis essayer de la recréer avec les produits que l’on a sous la main, quel plaisir! Les possibilités sont infinies. (La théorie des couleurs permet d’”organiser” cet infini, c’est important d’en avoir une bonne maîtrise.)
Un maquilleur avec de l’ancienneté m’a un jour conseillé de réaliser cette experience : essayer de recréer la couleur exacte de sa peau (un fond de teint quoi) à partir de fard gras de couleurs primaires uniquement. C’est très amusant et un excellent exercice!
Si vous êtes aussi accro du maquillage, quelles expériences de mélanges intéressantes avez vous faites?
-Pour en savoir plus sur la composition des cosmétiques
-Sur la théorie des couleurs
-Pour trouver des pigments cosmétiques
Citation extraite de cette brève interview d’Helmut Newton (il y a une madame toute nue en photo à coté de l’article, dès fois que vous lisiez mon blog depuis le boulot au lieu de travailler.)
Je me souviens quand mon mari a ouvert Vogue pour la première fois et s’est exclamé: “mais c’est mieux que Playboy!” Forcément, les éditos joaillerie sont plus efficaces quand le modèle ne porte que les bijoux. Les photos de Newton n’étaient pas sexy, mais sexuelles. C’était le porno chic avant l’heure. Avec pas mal de mauvais gout aussi, mais assumé. Il faut assumer son mauvais gout pour trimballer des faux poils pour les coller aux mannequins épilés de trop près (quelle découverte que ça a été, à la Fondation Newton de Berlin, que ces poils!)
Je sais, je sais, c’est réduire son travail à la partie la plus tapageuse (enfin, il a fait le portrait de LePen aussi). Mais c’est à cela que je pense irrévocablement quand j’évoque Newton.
Et vous, Newton ça vous fait quoi?
-via kottke.org
Je viens d’ajouter deux photos beauté réalisées avec le photographe canadien David Hou et Crystal de l’agence KLRP:

J’aime essayer différents styles avec une même modèle lors de séances tests. C’est fou comme le stylisme, la photo et le makeup peuvent changer une personne.
Juste pour le plaisir des yeux, je souhaiterais vous faire découvrir ou redécouvrir un des maquilleurs que j’admire le plus: Alexandru Abagiu.

Quelqu’un qui a toutes ces pubs pour du chocolat à son actif ne peut être foncièrement mauvais. J’admire la perfection du geste, le mélange idéal entre créativité maîtrisée et classicisme. J’aime ce qui est écrit dans sa bio sur la “géographie du visage”. Je ne cherche évidemment pas à me comparer à un dieu comme Abagiu, mais je retrouve des choses que j’ai souvent ressenties dans cette terminologie.
Un lien de proximité particulier se crée entre un maquilleur et le sujet qu’il maquille. Lorsque je maquille un visage, je suis dans une sphère de proximité particulière, émotionellement et physiquement. Je suis à un poste privilégié pour observer la peau, les traits d’une personne, et cela me passionne.
Observer le visage de son modèle, au lieu de venir avec une idée toute prête, c’est comme cela que je préfère maquiller. Et c’est valable encore davantage pour les maquillages naturels. Si j’aime autant les faire, c’est peut être parce que même si à chaque fois le peu de produits utilisé reste le même, j’ai toujours l’impression de faire un maquillage différent. Parce que le visage est différent. La structure osseuse est différente, les rondeurs, la texture et l’histoire sont différentes.
Même sur le visage d’un jeune mannequin, on trouve des traces de son histoire personnelle. Parfois ce sont des cernes qui révèlent des évènements récents, parfois de minuscules cicatrices qui datent de l’enfance. Certains modèles aiment leurs grains de beautés et leurs cicatrices, d’autres veulent les cacher. Sans doute que l’histoire qui se cache derrière n’a pas la même signification dans un cas ou dans l’autre.
Je suis heureuse d’avoir reçu les conseils avisés de vétérans du métier très tôt lorsque je me suis lancée en tant que maquilleuse. Lorsqu’on se lance en tant que maquilleur professionnel, et qu’on veut gagner sa vie avec ses pinceaux, il y a beaucoup de pièges qu’on doit apprendre à éviter, beaucoup de personnes avec peu de scrupules, qui essaient de tirer avantage de l’ignorance des débutants.
Quand on commence, souvent fraîchement sorti d’une école, personne ne nous a préparé à cela. Il y a bon nombre d’offres pour des jobs, et il est difficile de démêler le bon du mauvais. C’est du ressort de chaque maquilleur de s’éduquer et d’apprendre comment faire pour éviter les arnaques. J’ai eu mon compte de plans foireux, au début.
C’est vrai, quand on commence, on ferait n’importe quoi ou presque pour avoir du boulot. Et certains en profitent et font miroiter monts et merveilles. Tout ça pour atterrir dans un job pas rémunéré et souvent pas gratifiant.
Une chose à dire: NO-SPEC!

No-spec est un site d’information créé à l’origine par et pour les designers freelance. Mais beaucoup peut se rapporter au métier de maquilleur.
No-spec revendique le droit des designers à refuser de travailler sur des spéculations, c’est-à-dire bien souvent gratuitement pour des compagnies qui font du profit avec le travail que vous leur donnez. Beaucoup de maquilleurs se sont ralliés à la cause. Pour résumer, pour un maquilleur, refuser le travail spéculatif c’est:
-refuser de travailler sans qu’une rémunération ait été établie au préalable (paiement d’un tarif journalier sur un shoot commercial ou un film, paiement par des images lors de séances de test)
-ne pas travailler en espérant avoir plus que ce qui a été négocié. Il y aura beaucoup de gens pour promettre du travail trèèès bien payé après cette séance gratuite. Croyez-moi, cela ne se passe jamais comme ça. No-spec, c’est, en clair: si le boulot en question ne vous apporte RIEN, ce ne sont pas des promesses en l’air qui y changeront quoi que ce soit.
-savoir estimer sa propre valeur. Il y aura toujours, hélas, un maquilleur pour accepter de faire un catalogue commercial pour 40€ la journée. Je pense que tout maquilleur qui commence devrait s’informer des tarifs moyens en vigueur dans la zone géographique où il exerce. Travailler sous ces tarifs pour le même type de travail, c’est dévaluer le marché, saboter ses concurrents et se saboter soi-même.
-apprendre à travailler avec le client. Un maquilleur freelance n’est pas seulement quelqu’un avec des pinceaux, il doit aussi se montrer à la hauteur pour gérer son activité, ses finances, et ses clients. Cela signifie négocier, discuter et parfois refuser. A mon avis, accepter tout à n’importe quelle condition ne vous donne pas de crédibilité en tant qu’individu. On va vous utiliser une fois et vous oublier.
-se donner des objectifs. Lorsqu’on commence, il est plus facile de choisir un marché dans lequel se spécialiser au début, quitte à changer par la suite. Si on essaie dès le début de se lancer comme maquilleur à la fois dans le cinéma et la photo et le théâtre, le risque est de s’éparpiller et de devoir faire trois fois plus d’efforts pour arriver quelque part. Pour ce qui est plus spécifique à la photo, le fait de se construire un book ne doit pas être un pretexte pour accepter toutes les séances venues. Si vous souhaitez travailler dans la mode, des photos de nus ne vous serviront probablement à rien. Une fois acquise une certaine expérience, travailler avec des modèles amateurs ne fera pas sans doute pas non plus progresser votre book.
J’aimerai insister sur le fait que je soutiens ceux qui ont le désir de travailler bénévolement. Mais pourquoi donner votre temps à des gens peu scrupuleux qui ne cherchent qu’à économiser de l’argent sur votre dos alors qu’il y a plein d’organisation caritatives pour accueillir les bénévoles à bras ouverts. Les hôpitaux et les prisons acceptent souvent avec plaisir les maquilleurs qui viennent apporter un peu de bien-être.

No-spec peut aussi se rapporter à plein de métiers, photo, mannequinat, et je pense, à tous les métiers freelance. Ceux qui me lisent et travaillent en freelance, avez-vous été l’objet également de propositions basées sur la spéculation? Quelle est votre position sur ce sujet?
