Commencer en tant que freelance: URSSAF, impôts, la paperasse…
J’ai pu constater qu’un certain nombre de jeunes maquilleurs et de personnes envisageant cette carrière lisent ce blog. Se lancer en tant que maquilleur est une grande aventure. C’est excitant, tout l’aspect créatif, mais on oublie souvent qu’un maquilleur passe la moitié de son temps à maquiller, et l’autre moitié à créer son réseau (cf mon post intitulé “blogs indépendants” avec plein de liens très bien) et à s’occuper de tâches administratives.
De plus, un maquilleur débutant dans la photo ne doit pas s’attendre à gagner des milles et des cents à son lancement. J’en ai déjà parlé, j’insiste encore: avant de s’attendre à gagner de l’argent, il faut se construire un book et un réseau. Cela peut prendre beaucoup, beaucoup, de temps et d’énergie. Et même en y mettant la meilleure volonté du monde, peu parviendront à gagner leur vie en tant que maquilleur. Sur le millier de maquilleurs qui sortent des écoles chaque année, une dizaine perceront dans le métier.
Le pactole n’arrive pas du jour au lendemain (s’il arrive jamais). Donc, il faut être très très motivé pour arriver à gérer une entreprise tout seul avec des rentrées d’argent maigres au départ. Et quand on commence à gagner sa vie, la paperasse est devenue depuis longtemps une habitude.
J’insiste lourdement sur le fait qu’en tant que maquilleuse travaillant avant tout dans la photographie, j’ai le statut de travailleur indépendant. Je vais écrire en me basant sur mon expérience et donc traiter du statut d’indépendant (ou “freelance” même si l’administration française n’aime pas cet anglicisme) exclusivement. Il faut cependant savoir qu’il existe d’autres débouchés pour le maquillage que le milieu de la photo, et qu’ils correspondent souvent à d’autres statuts sociaux.
Petit survol rapide : on peut maquiller pour le théâtre ou le cinéma, et donc être candidat au statut d’intermittent du spectacle ; on peut maquiller au sein d’un institut et généralement être salarié (même si certains salons font appel à des indépendants) ; dans le cas d’une activité épisodique ou mixte (intermittent qui travaille occasionnellement dans la photo par ex.) on peut opter pour le portage (en gros une société perçoit pour vous ce que vous gagnez en effectuant un travail typiquement freelance et vous reverse vos gains sous forme de salaire, après avoir prélevé une commission et les charges sociales. Attention! certaines entreprises de portage exigent un minimum d’activité pour que vous soyiez éligibles, mais pas toutes, fort heureusement).
J’ai pu constater à de nombreuses reprises que notre esprit est souvent formaté pour penser le milieu du travail dans le contexte du salariat. Il existe beaucoup de travailleurs indépendants, pourtant la majorité des gens semble l’ignorer. Souvent, le travailleur indépendant ne “rentre pas dans les cases” habituelles.
Petit rappels: le chômage concerne les salariés. Si vous travaillez en freelance, vous ne cotisez pas, vous n’avez aucun droit au chômage. Un travailleur indépendant n’a pas de revenu fixes. Certains mois on gagne beaucoup d’argent, et d’autres avoisinent le zéro. C’est donc primordial de savoir gérer son budget (ou d’engager un comptable).
Un autre rappel, en tant que salarié, on cotise pour avoir droit à la sécurité sociale et à la retraite, même si on ne s’en rend pas souvent compte si on n’épluche pas ses fiches de paie. En tant que freelance, c’est pareil. Sauf qu’on s’en rend bien compte, parce que cela n’est pas automatiquement prélevé. Il faut leur envoyer des sous régulièrement, et ça énerve un peu, parce qu’il faut bien le dire, c’est plus agréable quand on ne s’en apperçoit pas. Je plaisante, évidemment. C’est vital d’avoir la sécu (et la retraite aussi, même si bon, c’est une réalité plus abstraite pour le moment). On a la chance en France de ne pas risquer de se retrouver endettés à vie pour une appendicite ou un accident quelconque, il faut en profiter (et puis on n’a pas le choix, c’est obligatoire).
La première démarche pour devenir travailleur indépendant est de s’inscrire auprès de l’organisme concerné. Le statut de maquilleur est très flou en France. J’ai entendu tout et n’importe quoi lorsque j’ai voulu commencer mon activité. On m’a d’abord envoyée à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat où on m’a envoyé promener avec le plus grand mépris du monde parce que mon projet visiblement ne semblait pas assez lucratif (non, je n’ouvre pas un pressing). Puis on a voulu à tout pris me caser chez les intermittents, mais dans la photo, on fonctionne sur factures, et un intermittent n’émet pas de factures. Bon, pour faire court, pour ce qui concerne la région parisienne, un maquilleur travaillant dans le domaine de la photographie exerce une profession libérale; il dépend donc de l’URSSAF. Je ne peux pas affirmer avec certitude que cela ne varie pas selon les régions, mais c’est la piste à explorer en priorité.
Donc un petit coup de fil à l’URSSAF de votre région qui vous adressera le formulaire P0PL. En remplissant ce formulaire, la question essentielle qui se pose c’est: TVA or not TVA? Pour la plupart des autres options, vous ne choisissez pas, ce sont vos revenus qui établissent à quel régime vous appartenez (pas de panique, l’URSSAF vous adressera une brochure très complète pour comprendre le statut d’indépendant et les différents régimes). Par défaut, on n’est pas assujeti à la TVA lorsqu’on a de bas revenus. Mais on peut le demander si on le souhaite.
Le régime de la TVA, c’est intéressant lorsqu’on a beaucoup de frais professionnels, ce qui est souvent le cas pour les maquilleurs. On collecte la TVA sur les factures que l’on émet, et on récupère la TVA de ses achats. Attention, la paperasse que cela engendre n’est pas négligeable. Et si vous travaillez beaucoup avec des particuliers (pour des séances de portraits par ex.), ça peut poser un problème parce que vos tarifs sont plus chers à leurs yeux (les entreprises récupèrent la TVA déboursée, mais pas eux).
Les impôts (et pas l’URSSAF) se chargent de collecter la TVA trimestriellement. Vous prenez le montant de la TVA que vous avez collecté, en deduisez la TVA que vous avez déboursée (en achetant le makeup pro par ex.), et vous obtenez ce que vous leur devez. Et, oui, si ce chiffre est négatif, on vous rend de l’argent.
Lorsque vous renvoyez le P0PL à l’URSSAF, on se charge de votre immatriculation à l’INSEE, qui vous transmettra votre numéro SIRET (numéro d’identification de votre entreprise) et code APE (qui désigne la nature de votre entreprise et vous donne droit aux tarifs pro dans certaines boutiques de maquillage. Attention, ici encore, grand flou pour la profession, on peut vous attribuer un peu n’importe quel code selon l’humeur. Perso, je suis 930E “soins de beauté” après l’avoir fait changer: on m’avait attribué le 748K (”services annexes à la production”), qui est, selon l’INSEE, leur “code fourre-tout”.
Tout cela peut prendre un certain temps. Sur internet, vous lirez des délais très optimistes. Mon formulaire avait été apparemment égaré. Donc cela a pris deux mois. Et à peu près tout ce qui devait être saisi l’a mal été. J’en garde des souvenirs pour le moins fébriles. Essayez de garder toujours le même interlocuteur, que cela soit aux impôts ou à l’URSSAF (plus facile avec les premiers que les deuxièmes). Dans l’ensemble, je suis toujours tombée sur des gens sympathiques, serviables et extrêmement patients, mais quelqu’un qui connaît votre dossier vous fera gagner un temps fou.
A partir du moment où vous êtes inscrits à l’URSSAF, vous leur êtes en théorie redevables des cotisations CSG, RDS et allocations familliales. Je dis “en théorie” parce qu’il existe heureusement des exonérations pour les faibles revenus, ce qui est commode lorsqu’on commence tout juste à avoir ses premiers clients. Les travailleurs indépendants ayant gagné moins de 4 489 EUR en 2008 sont dispensés de payer les cotisations URSSAF (le plafond a augmenté depuis la dernière fois que j’ai regardé, c’est une bonne chose!) A savoir: l’URSSAF prennent en compte comme revenu, non pas votre chiffre d’affaires, mais vos bénéfices (CA moins dépenses), ce qui peut faire une énorme différence en votre faveur!
Si vous êtes au dessus des 4 489 EUR fatidiques, même un tout petit peu, ça fait tout de suite très mal: les cotisations sont calculées au forfait. C’est une somme fixe qui peut paraître énorme si vous restez dans les bas revenus. Elle sera ajustée sous 2 ans lorsque l’URSSAF connaitra vos revenus et le trop perçu éventuel sera restitué. Cependant il est possible normalement de faire réévaluer cette somme en donnant une estimation de vos revenus (il vaut mieux voir large parce qu’il y a des pénalités en cas de sous-évaluation).
L’URSSAF est censé transmettre votre dossier au RSI et à la CIPAV qui gèrent respectivement la sécurité sociale et l’assurance vieillesse des indépendants. Il est obligatoire de cotiser aux deux. Il y a eu beaucoup de remaniements au RSI début 2008, et la situation reste pour le moins chaotique (j’ai un dossier en souffrance là-bas depuis 6 mois). Vous aurez à opter pour un organisme de sécurité sociale qui couvrira vos dépenses de santé aux mêmes taux grosso modo que le régime général. Les cotisations sont calculées au prorata de votre CA.
Ensuite, s’ajoutent à cela les impots sur le revenu (c’est en ce moment qu’on les reçoit, ainsi que le récap de TVA 2007). On a rarement la chance de voir un formulaire 2035 lorsqu’on débute, alors pensez à faire dans votre compta des cases séparées pour: les achats, votre loyer, vos réparations, l’outillage, EDF-GDF-chauffage, transports, frais de réceptions, fournitures de bureau/téléphone. Il y a une case différente pour tout ça (et pas mal d’autres trucs qui a priori ne nous concernent pas), c’est fou ce qu’on s’amuse.
Voilà, je pense que j’ai fait le tour. C’est pas si terrible que ça en a l’air. Disons pour résumer qu’il faut savoir mettre de côté de quoi payer ce qu’on a à payer et ne pas procrastiner (j’ai déjà rempli mes déclarations d’impôts et de TVA, je suis hyper fière!). Je mets ma compta à jour toutes les semaines et je note dans mon agenda bien studieusement les dates d’échéance de paiement pour la sécu, la CIPAV et tout le tralala. Franchement, je ne savais pas si je saurais gérer avant de commencer en indépendante. Aujourd’hui, le plaisir d’exercer en tant que maquilleuse est une telle motivation que tout se passe sans problème !
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7 Comments
1. Jeanne-so-what replies at 10th March 2008, 6:10 am :
Félicitations. Je serais totalement incapable de faire tout ça.
2. Sophie Richardoz replies at 10th March 2008, 6:22 am :
Merci. Après deux heures au téléphone, mon dossier sécu semblerait enfin décidé à avancer…
3. Pascale replies at 10th March 2008, 1:05 pm :
Joli post, bien utile à ceux qui se posent des questions sur le statut à prendre.
Par contre attention, je crois que nous dépendons désormais du RSI, et plus de l’URSSAF, depuis janvier dernier. Mais comme tu as dit, c’est encore chaotique.
et petit conseil additionnel : pour l’administration, les comptes se font par trimestre, alors éviter de créer votre entreprise individuelle à la fin mars. attendez plutôt début avril, vous ferez l’économie d’un trimestre pour quelques jours de patience !
4. Pascale replies at 10th March 2008, 1:06 pm :
et bravo pour ta précision en comptabilité, tu fais bien.
5. Sophie Richardoz replies at 10th March 2008, 2:40 pm :
Merci Pascale! Oui a priori on va être ammenés à verser toutes nos cotisations au RSI (CSG RDS incluses) mais ça n’est pas encore mis en place pour les professions libérales.
Et c’est toujours l’URSSAF qui gère l’immatriculation.
Bien vu pour les trimestres, c’est une précision d’importance!
6. virginie replies at 19th May 2008, 4:14 pm :
Haaaaaaaaaaaaaaaaa, je t’aime!!!! oh pardon, c’est sorti tt seul
Enfin juste pr te remrcier pr ce blog drolement bien ficelé et qui va me permettre d’arreter de me tirer les cheveux….1semaine que je me rends folle pour obtenir un n°Siret! On remerciera o passage la MDA, aussi aimable avec toi qu’avec moi apparement!
Maquilleuse, dur métier!
Merci 1000fois et continue ce blog, il est vraiment top, je l’ai mis dans mes favoris du coup!
A bientot,
Virginie.
7. virginie replies at 16th June 2008, 2:19 pm :
Un ptit coucou par ici et une question o passage….comment ça se passe pour la visite médicale lorsqu’on est embauché pour une pub par exemple? parce que j’ai été contacté par une prod et ils me demandent la date de ma dernière visite médicale….et là je suis dans le flou artistique car quand on est salarié, on a un rv fixé par l’entreprise, mais là?????
Arf, j’ai encore du chemin à faire avant de tout comprendre!
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